ANNE PONTY
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Créatrice du podcast Le Chantier
“La liberté a toujours été mon moteur."

Salomé
Bruley Dornon
"Je veux créer, structurer, professionaliser, sans tuer l'âme du média."
L'INTERVIEW
Salomé, 39 ans, directrice commerciale chez Acast France, est addict à l’art, aux voix et aux créateurs.trices. Elle parle basque couramment, va au musée une fois par semaine et croit plus au ressenti qu’aux algorithmes. Rencontre avec une femme qui a grandi entourée de femmes fortes et qui fait aujourd’hui avancer tout un écosystème.
Bonjour Salomé, d'où viens-tu ?
Je viens du Pays basque, de Biarritz. Mais j’ai effacé l’accent depuis longtemps. J’ai grandi dans une famille monoparentale. Ma mère est professeur d’histoire géographie, spécialiste des rois de France, de la branche des Bourbons et du Swaziland. Une femme très cultivée, passionnée et exigeante.J’ai surtout été élevée d’ailleurs par des femmes. Ma mère, ma grand-mère (sage-femme) et d’autres figures fortes. Ça marque, profondément.
As-tu été élevée dans un environnement créatif ?
Très culturel en tout cas. Beaucoup de lecture, de cinéma, de musées. J’ai aussi énormément voyagé enfant, notamment en Afrique. Mon oncle travaillait comme responsable culturel dans les ambassades d’Afrique centrale (Le Cameroun, le Congo, Sénégal, en Afrique du Sud, en Namibie, en Afghanistan, au Liban, au Bénin) J’ai besoin d’être nourrie et je me nourris d’art, littéralement (Peinture, sculpture). Je vais au musée au moins une fois par semaine. Le processus m’intéresse plus que le résultat, c’est ressentir, avant de comprendre.
Et l'école ?
Ado, à l’école, j'étais une cancre assumée, en skate et en surf l'après-midi. Mais il y avait quelque chose qui m'intéressait vraiment, la publicité. Je les regardais toutes, je voulais d’ailleurs créer des publicités télé pour le secteur automobile. Le marketing créatif et le storytelling m'ont toujours fascinée.
Quel a été ensuite ton parcours ?
J’intègre Sup de Pub après mon bac et je rencontre mon mec le jour où j’arrive à Paris. Tout va ensuite très vite.Cinq ans dans la publicité, dont la dernière en alternance chez Skyboard, une petite régie pub qui gérait tous les sites de sorties parisiens. Je découvre un monde extraordinaire. De l’effervescence, des relations. Puis Outbrain pendant quatre ans. Relever le challenge, participer au lancement de la boîte en France, tout construire de A à Z, c’était passionnant. Entre-temps, je fais deux bébés de 20 mois d’écart. Bref, c’est une période très intense.
A quel moment le podcast arrive dans tes oreilles ?
Très tôt ! Plus jeune, j’écoutais la radio tous les matins, la matinale de France Culture. Ce qui me touche dans l’audio, c’est la voix, le fond, le propos. Et il y a dix ans, j'ai découvert le podcast à travers un épisode de Regards d’Isabelle Sarfati, sur la beauté. Je me souviens avoir pleuré. Et je ne suis jamais sortie de là.
A quel moment le podcast devient central dans ta vie professionnelle ?
En 2019, je rencontre la femme de Yann Thebault (DG Acast Fr) qui est une de mes directrices commerciales chez Ogury, et ensuite Yann. C’est un match immédiat. Le projet, l’ambition. Je rejoins Acast en mai 2019. Ça fait sept ans maintenant.Aujourd’hui, je suis Directrice commerciale d’Acast France. Je gère une équipe commerciale, une équipe sales planning, marketing et je suis très heureuse.
Quelle est ta vision du marché du podcast aujourd’hui ?
Il est sûr que l’on va vers une professionnalisation à l’anglo-saxonne avec des podcasteurs stars, et de vraies équipes, des studios qui fonctionnent presque comme des émissions télé. Legend en est un bon exemple. La vidéo, aussi, devient clé. YouTube est d’ailleurs la première application d’écoute de podcasts aux US. Si on regarde Louie Media par exemple, ce qu’ils réussissent à créer en vidéo, avec du motion design, ça fonctionne bien. Les auditeurs deviennent également des communautés stars, on doit les prendre en compte.
On peut dire que le podcast est partout maintenant. Les gros créateurs de contenus s’y mettent, les médias investissent massivement ( Le Monde, la BBC). Mais les petits créateurs existent toujours et les niches marchent très bien.
Et l'IA dans l'évolution du marché ?
C’est un accélérateur mais je ne crois pas à une toute-puissance de la data ou de l’IA. Je crois beaucoup à la voix, à l'incarnation et à la publicité incarnée.
Le podcast est-il toujours une opportunité pour les marques ?
Le podcast n’est pas encore un média de masse, mais il est mainstream. Il reste moins cher que la télé, plus agile, plus intime et oui cela reste une opportunité pour les marques. Mais attention, trop attendre, c’est rater le train.
Quels sont tes objectifs 2026 ?
Nourrir le plus de podcasteurs possible. Soutenir tout l’écosystème en aidant les podcasts aux écoutes moyennes à augmenter leur audience. Il y a aussi de gros enjeux tech : programmatique, spot audio, sponsoring, vidéo. Je veux créer, structurer, professionnaliser, sans tuer l’âme du média.
Vous êtes sponsor de Women & Podcast, c’est un engagement que tu qualifierais aussi de personnel ?
Oui l’empowerment féminin est très fort chez moi. Le syndrome de l’imposteur, je le vois partout. Les femmes n’osent pas assez. Il faut y aller, être fière de ce qu’on ressent. Tu ne peux pas te plaindre si tu n’oses pas. Je suis heureuse de participer aux projets portés par le réseau Women & Podcasts.
Qu’est ce que qu'on ne sait pas déjà de toi ?
J’ai fait énormément de danse classique et j’ai été virée de l’Opéra, parce que je ne grandissais plus. Je parle basque couramment. Et oui, je pourrais faire un podcast… en basque.
Pour finir tu nous partages ta playlist "inspiration" ?
Le podcast InPower de Louise Aubery. L'expo à la Philharmonie sur Kandinsky. Le roman, l’art de la joie de Goliarda Sapienza
