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ANNE PONTY

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Créatrice du podcast Le Chantier

“La liberté a toujours été mon moteur."

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LAURIE
GONGUET

« Ma mission, c’est fédérer, casser les codes et briser les tabous. »

L'INTERVIEW

Laurie Gonguet est la fondatrice de Culotte & Trail, le média qui écoute les femmes qui courent. En un an et demi, elle a réussi ce que beaucoup mettent des années à construire : lancer un podcast devenu média, développer une marque, fédérer près de 40 000 personnes sur Instagram.
Avec Culotte & Trail, né d’un manque et d’une intuition, elle donne la parole aux femmes qui courent et aborde sans détour des sujets encore trop souvent tabous : les règles, la grossesse, la santé des sportives, les violences, etc. Rencontre avec une entrepreneure qui avance à l’instinct, sans attendre que tout soit parfait.

 

Qui es-tu Laurie ? 
J’ai plus l’habitude de donner la parole aux autres que de parler de moi (rires). Je suis une ancienne sportive de haut niveau. Je viens du fitness et de la danse urbaine. J’avais mon studio, j’étais chorégraphe, professeure. Je créais des cours, des spectacles. Pendant des années je faisais 30 heures de sport par semaine. À la naissance de mon fils, j’ai eu envie d’un rythme plus compatible avec ma vie de maman. Je me suis lancé dans l’immobilier presque par hasard. Très vite, ça a fonctionné, j’ai monté une première agence puis une deuxième. Mais ce métier était trop orienté business pour moi, je m’éloignais de ce qui m’animait vraiment. Je me suis effondrée. Burnout. En me baladant en forêt je me suis dit « il faut que je revienne à l’essentiel : le sport, la montagne, la liberté, les femmes. » C’est à ce moment-là que l’idée de Culotte & Trail a commencé à germer. 


Ton podcast parle de course à pied, de trail, mais surtout des femmes, de leur corps, des injonctions, de maternité, de leur place dans l’espace public, des violences…
Oui, parce que tout est parti d’une expérience personnelle. Quand j’étais sportive, j’ai souffert d’aménorrhée, j’ai vu les violences faites aux femmes (par des entraineurs, etc.). En commençant le trail, je me suis rendu compte que rien n’existait pour les femmes qui avaient leurs règles. Pas de tampons. Pas de toilettes adaptées. Les médias, les comptes Insta ne parlaient que des performances des athlètes masculins. J’ai cherché des podcasts running qui parlaient de règles, d’aménorrhée, de périnée, de grossesse. Il n’y avait rien. Alors je me suis dit : je vais le lancer. Je ne me suis jamais demandé si ça allait plaire. Je me suis dit « J’y vais et on verra ». Les premiers épisodes ont étés enregistrés avec mon téléphone en mode avion. Je ne savais même pas qu’il fallait un micro. Mais au moins ces conversations existaient. Et très vite j’ai commencé à faire des capsules santé pour comprendre comment la sportive fonctionne, lever les tabous dont j’avais moi-même souffert.

Tu penses que c’est cette authenticité qui explique le succès rapide de Culotte & Trail ?
Oui, je pense que ce qui plaît c’est ma sincérité, mon énergie, mon côté sans filtre. Je reçois des profils très différents : des débutantes, des amatrices, des coureuses passionnées, des championnes du monde. Des athlètes élites m’appellent directement pour me dire : “Là, il faut que je te balance un sujet, et c’est dans ton podcast, pas ailleurs.” Elles s’identifient à ma personne. Culotte & Trail est devenu un espace où les femmes se confient, où leur parole peut exister autrement. On me dit parfois que c’est “le Bliss du trail”. C’est un beau compliment, ça me touche.


Culotte & Trail est très vite devenu une marque. Tu viens de sortir une box ?
C’est la deuxième box que je sors. Les marques m’ont très vite fait confiance. 
Très tôt j’ai développé du merchandising, une collection de T-shirts. Aujourd’hui je médiatise aussi les femmes sur les courses, élites comme amatrices. J’ai notamment réalisé avec une équipe de prod un film autour de la SaintéLyon. À l’origine, ça devait être un simple suivi de course avec quelques images. J’ai réuni des femmes en rémission d’un cancer du sein et des athlètes élites pour les faire courir ensemble. Le projet a pris de l’ampleur, c’est devenu un film qu’on a présenté en festival puis diffusé dans de nombreux cinémas en France, en Belgique, en Suisse et à La Réunion. Et pour tout te dire je prépare le tout premier festival Culotte & Trail, qui s’organisera au cœur du marathon du Mont-Blanc à Chamonix. L’idée était dans ma tête depuis longtemps, mais la confirmation est arrivée très tard. En quinze jours, j’ai construit trois jours de programmation. J’ai voulu tout faire, mélanger des coureuses amatrices, des athlètes élites, des expertes santés, des histoires fortes, des talks, des sujets de fond. J’avais envie de réunir tout ce qui fait l’ADN de Culotte & Trail.
 

J’ai l’impression que comme dans le sport, tu te jettes à l’eau et tu avances ?
Complètement. Je fonctionne comme ça, quand je suis habitée par une idée, je peux monter le projet en deux jours. J’y vais, j’avance. Vite. Très vite. J’ajuste au fur et à mesure. Je n’attends pas que tout soit parfait pour commencer. Je monte beaucoup de choses au dernier moment. Cette capacité d’action fait partie clairement partie de mon identité.

C’est important pour toi qu’un réseau comme Women & Podcast existe ?
Très important. Le milieu du trail, du running est très masculin. Les médias sont majoritairement tenus par des hommes. Je suis arrivée avec ce nom un peu provocateur, de la couleur, de l’authenticité, ce côté un peu fofolle. Pour certains, j’étais une opportuniste parce que je ne venais pas du journalisme sportif. Je bousculais les codes. On me mettait des bâtons dans les roues. J’ai passé des soirées à pleurer. Mon mari me disait : « Accroche-toi, tu es la seule femme dans ce milieu ». Ce sont toujours les femmes qui m’ont mis en avant, fais confiance. Alors faire partie d’un réseau de femmes qui s’entraident, se portent, j’en rêvais. A partir de la rentrée je serai plus souvent à Paris, j’ai hâte d’assister aux événements, aux rencontres, de faire pleinement partie de ce réseau.


Quels sont tes prochains objectifs ?
Le socle est posé mais tout reste à consolider : la structure, l’équipe, les financements. Je serai plus souvent à Paris à la rentrée car j’ai pris la décision de sortir du milieu du trail pour aller vers le running plus accessible, plus lifestyle. Le sponsoring dans le milieu du running c’est compliqué. Les directions marketing, les sponsors, les décideurs sont des hommes. Le running féminin intéresse, mais il est souvent utilisé comme argument marketing sans que les budgets suivent réellement. Les audiences féminines sont parfois considérées comme trop niches, alors que l’engagement y est fort.

Est-ce qu’il y a un fun fact sur toi qu’on ne connaît pas ?
Mon sens de l'organisation, je ne suis pas du tout organisée.

Tu aurais des recommandations à nous partager ?
La première, évidemment : venir au festival Culotte & Trail (rires). Pendant trois jours, nous allons parler de sport, de santé, de confiance en soi, de maternité, de performance. Il y aura des podcasts live avec des amatrices, des femmes qui courent pour lutter contre leurs cancers, des athlètes élites (dont une maman de 32 ans, 6 enfants, qui gagne les ultra trail), des talks avec des experts sur différentes thématiques :
- pourquoi les femmes s'excusent encore de prendre le départ ? 
- prendre soin de son corps pour aller loin 
- pourquoi la sororité change le mental ? etc.,

Côté podcasts, j’ai récemment écouté l’épisode de Bliss consacré au périscolaire. En tant que maman cette situation m’a outrée. J’écoute aussi des formats plus généralistes comme La Leçon de Pauline Grisoni, Cerveau Puissant de Claire Mougenot Lesne ou encore Nouvelle Héroïne de Céline Steyer.

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