ANNE PONTY
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Créatrice du podcast Le Chantier
“La liberté a toujours été mon moteur."

Jeane
ClessE
« Ne te compare pas aux autres, suis ton instinct et lance-toi ! »
L'INTERVIEW
Jeane, chez Women & Podcasts, c’est un peu celle qui raconte celles qui racontent. Alors, pour une fois, on avait envie d’inverser les rôles.
Depuis 2023, elle travaille sur la communication de Women & Podcasts, avec une conviction que l’on partage forcément : rendre les femmes de l’audio plus visibles, et faire émerger de nouvelles voix.
Mais bien avant W&P, Jeane avait déjà trouvé la sienne. En 2017, elle lançait Basilic, devenu au fil de plus de 400 épisodes un terrain d’exploration autour de l’écologie et des nouveaux récits. Depuis, elle produit, forme, accompagne, expérimente de nouveaux formats et continue de questionner ce que le podcast peut raconter et la manière dont il peut le raconter.
Jeane, avant de parler podcast, est-ce que tu peux nous raconter ton parcours et ce qui t’a amenée, presque naturellement — ou pas du tout — derrière un micro ?
JJ'ai fait des études de droit avec l'envie d'étudier le droit de l'environnement. À l'issue de mes études, je me suis rendue compte que le métier de juriste en droit de l'environnement ne me conviendrait pas. J'avais besoin d'être dans le concret, j'avais envie d'agir et de m'investir pour défendre les causes qui me tenaient à cœur. À peine diplômée, j'ai rejoint une start-up de cosmétiques solides. À l'époque, je rêvais de créer mon propre magazine engagé (j'avais même préparé une maquette !).
En 2016, je m'installe à Hong Kong avec mon amoureux pour vivre une nouvelle expérience. Nous avons tous les deux un PVT en poche, c'est une belle aventure qui commence. En 2017, lancer un podcast me semble évident. Je suis mon intuition, j'achète deux micros à petit prix et je me lance.
Tu lances Basilic en 2017, à une époque où le podcast est encore assez confidentiel en France. Quel a été le déclic ? Et est-ce que tu imaginais une seconde que ce projet allait devenir ton métier ?
Le podcast s'est imposé à moi. J'ai découvert les podcasts natifs en 2015 lorsque j'effectuais mon stage de fin d'études à la cour administrative de Bangkok. À l'époque, j'écoutais « Sur les routes de l'Asie » de Romain Lazzarotto.
En 2016, je déménage à Hong Kong et le décalage horaire n'est pas compatible avec la grille de France Culture et France Inter. Je tombe dans la marmite des podcasts natifs francophones et anglophones.
En 2017, je décide de lancer le mien pour mettre en lumière des récits de transition dont on parlait peu dans les médias. Je n'avais évidemment aucun business plan et jamais je n'aurais pensé que Basilic (et l'univers du podcasting) puisse devenir mon métier.
Basilic a beaucoup grandi, mais il a aussi évolué avec toi. Comment fait-on pour continuer à faire vivre un podcast pendant presque dix ans sans se répéter — et surtout sans perdre l’envie ?C'est une excellente question ! Basilic a évolué, les sujets que j'aborde ont grandi avec mes diverses prises de conscience. Aujourd'hui, je traite dans Basilic des questions de société bien plus larges que les initiatives positives.
Je pense que la clef pour ne pas s'ennuyer, c'est de rester fidèle à ses envies, à ses valeurs et de ne pas se trahir. Le jour où je n'aurai plus envie d'appuyer sur REC, j'arrêterai !
Tu parles beaucoup de “nouveaux récits”. Est-ce que tu crois aujourd’hui que le podcast peut réellement changer notre manière de regarder le monde — voire contribuer à le transformer ?
Bien sûr, j'en suis convaincue ! Prendre le temps d'écouter un podcast, c'est s'autoriser à réfléchir, c'est être prêt à remettre en question certaines idées, c'est exprimer l'envie de s'informer, de nourrir sa réflexion. Je pense que le podcast a grandement contribué à l'émergence de certaines luttes en France. Le podcast est un outil fabuleux !
Après toutes ces années à interviewer les autres, qu’est-ce que le podcast t’a appris sur l’écoute ?
Je crois que j'ai toujours préféré écouter les autres que de me confier à eux. Le podcast m'a appris à chérir la curiosité et les silences ! ;)
On veut entrer dans tes écouteurs : c’est quoi ta playlist du moment ? Le podcast ou le format audio qui t’a récemment fait te dire : “j’aurais aimé avoir cette idée” ?
En ce moment, j'écoute beaucoup de documentaires parce que c'est un format sur lequel je n'ai pas encore eu l'occasion de travailler et cela me titille. J'adore « Et parfois on gagne » de Victoire Tuaillon pour Arte Radio. Toujours chez Arte, j'ai beaucoup aimé « Mon Héroïne » d'Audrey Bissonnier Chazal.
Une œuvre — livre, film, expo, podcast, musique — qui a récemment changé ton regard sur quelque chose
Je viens de terminer la lecture du premier ouvrage d'Adèle Yon : Mon vrai nom est Élisabeth. C'est un ouvrage très surprenant, à la croisée de l'enquête familiale et de l'essai, qui s'intéresse aux violences faites aux femmes et à la santé mentale de ces dernières. Attention, ce n'est pas une lecture légère : personnellement, elle m'a mise en colère !
Qu’est-ce qu’on ne sait pas encore sur Jeane Clesse ? Le truc qui surprendrait même celles et ceux qui écoutent Basilic depuis le début ?
Plus jeune, ma voix me complexait beaucoup, je la trouvais trop grave. Finalement, c'est une belle revanche pour la petite Jeane qui n'osait pas trop parler !
Tu es aussi très engagée chez Women & Podcasts, où tu pilotes aujourd’hui la communication. Qu’est-ce que le collectif et la sororité changent dans un secteur où l’on travaille finalement beaucoup seule derrière son micro ?J'adore ma casquette de bénévole pour Women & Podcasts, c'est très épanouissant de m'investir aux côtés de femmes que j'admire beaucoup. Personnellement, grâce à cette aventure collective, j'ai gagné confiance en moi, j'ai rencontré des femmes extraordinaires et j'ai consolidé mes connaissances dans le secteur de l'audio.
Piloter la comm de l'association, c'est mon moment plaisir de la semaine !
Pour terminer, qu'est ce que tu dirais à une femme qui a envie de prendre le micro aujourd’hui mais qui n’ose pas encore, ce serait lequel ?
Ne te compare pas aux autres, suis ton instinct et lance-toi !
Lorsque j'ai lancé Basilic, j'ai arrêté d'écouter des podcasts pendant un an. Je ressentais le besoin de me concentrer sur mon travail sans être influencée par les créations sonores des autres.
