GAELLE GUINY
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Créatrice du podcast Le Chantier
“La liberté a toujours été mon moteur."

Crédit photo : Gwladys Louiset
Gaelle GUINY
« Je suis maintenant persuadée que la vie c'est un cheminement vers son potentiel, vers sa lumière. Ce qui compte c’est ce à quoi on aspire. »
L'INTERVIEW
Rencontre avec Gaëlle Guiny qui avec son podcast « Ainsi va la vie » nous offre un espace de douceur, de partage pour parler de ce sujet si souvent tu : le deuil. Après un long trajet vers sa joie, Gaëlle parle des différents cycles de sa vie avec une simplicité et une sagesse désarmante.
D’où viens-tu Gaëlle ?
J’ai grandi dans un petit village dans la Sarthe jusqu’à ce que je parte faire des études. J’ai essentiellement vécu à Paris et en région parisienne avec, au milieu, une expatriation en Grèce pendant 4 ans. Je me sens très profondément attachée à mes racines bretonnes alors que je n’y ai jamais vécu. J’ai la conviction que l’océan, la nature brute, les animaux me reconnectent à l’essentiel.
Petite, quel était ton rapport à la curiosité à la création, aux histoires ?
Je lisais pas mal de livres. Je me souviens que je découpais des magazines pour faire des collages. C’était un peu ma bulle. En grandissant, j’ai été passionnée par la Deuxième Guerre mondiale, j’avais très envie d’aller interroger les anciens des villages environnants pour connaître leur vécu de la guerre. Je ne l’ai pas fait parce que je n’avais pas les ressources à l’époque mais ça m’a travaillée longtemps. Puis j’ai commencé ma vie professionnelle dans le documentaire. Je me suis rendue compte, il n’y a pas si longtemps, que faire parler les gens, écouter leurs histoires c’est un peu un fil conducteur de mon parcours. Comme une trame en filigrane qui s’est affirmée au fil du temps.
Qu’est-ce qui t’a amenée au podcast ?
Le podcast « Ainsi va la vie » est arrivé après le Covid. Cette période a été violente pour beaucoup de gens, cette mort réintroduite dans nos vies de façon très frontale. Il n’y avait pas d’espace de douceur, de parole, de partage. Et je me suis dit : il manque un média qui permettrait d’offrir un espace de parole et de donner de l’information, des ressources, des témoignages. J’ai réfléchi quelques mois. J’étais un peu dans le syndrome de l’imposteur, et puis je me suis dit : allez, j’y vais. Ça s’est fait comme ça.
Tu ne te sentais pas légitime, pourtant tu t’étais déjà reconvertie dans l’accompagnement du deuil ?
Oui j’accompagnais déjà des personnes endeuillées (et notamment les mamans ayant perdu un bébé) par l’écoute et le corps. J’avais suivi quatre années d’études pour apprendre la médecine chinoise et devenir praticienne de shiatsu.Puis, je m’étais formée à l’accompagnement du deuil proprement dit à l’université et auprès de plusieurs associations référentes. Là où je ne me sentais pas légitime c’était de me positionner comme une hôte de podcast visible, d’être en avant-plan et de porter ma voix. Mais j’ai bien fait de me botter les fesses, ça m’a fait grandir, et tous les retours positifs et chaleureux que je reçois depuis ne font que confirmer l’utilité du podcast.
Je me demandais comment tu recueilles la parole des personnes endeuillées ?
Je prépare beaucoup mes interviews en amont pour être à l’aise avec la thématique que je vais aborder et poser le cadre (mes questions, le parcours de l’invité.e…). Ça me permet ensuite de lâcher la trame et d’être pleinement dans l’échange. Le plus important c’est ce qui se passe lors de l’enregistrement. Une fois que c’est lancé, je me laisse aller au fil de ce que propose mon invité. Parfois il y a des émotions, parfois des larmes. Il y a de l’espace pour ça. En général, les personnes endeuillées aiment parler de leurs défunts. Ce sont des moments où on les fait exister, où leur histoire trouve une place et où leur souvenir continue de circuler.
Les Afro-Brésiliens disent que chanter guérit. Je me demandais dans quelle mesure ton podcast guérit aussi au-delà des témoignages mais aussi par la voix ?
LC’est drôle que tu parles de ça parce que, petite, je faisais partie de la chorale à l'église. J'adorais chanter, il y avait quelque chose qui me transportait. Mais, en grandissant, j’ai arrêté. J’ai eu, plus tard, un problème de thyroïde et, symboliquement, j’y ai vu un lien avec tout ce qu’on n’ose pas dire. D’ailleurs si j’ai autant hésité à me lancer dans le podcast, c’est aussi parce que je trouvais que j’avais une voix de crécelle! Je ne sais pas pourquoi… Il y a quelques années, j’ai fait un stage de chant pour oser, de nouveau, porter ma voix. À la fin, on devait interpréter une chanson. J’avais choisi “The Sound of Silence” de Simon & Garfunkel. Et là, je me suis dit : je chante une chanson sur le silence… ça m’a profondément émue. Alors oui, je suis convaincue que la voix libère, c’est ce que j’essaie de faire avec mon podcast.
Échanger est au cœur du réseau Women & Podcast. Que t’apporte ce réseau dans ton cheminement ?
Je trouve ça vraiment formidable. Les webinaires sont toujours ultra intéressants et apportent beaucoup de clés et de tips qu’on ne trouve pas facilement par ailleurs. J’avais fait une formation avec Anne-Claire Lecat, qui intervient de temps en temps. C’est vraiment utile pour prendre du recul aussi.Et puis les rencontres avec d’autres podcasteuses je trouve ça génial. Ça a été progressif, mais le sentiment d’appartenance à cette communauté devient de plus en plus évident pour moi.
Tu as des inspirations que tu aimerais partager ?
Pour être très franche, depuis ces cinq dernières années, je lis essentiellement autour du deuil pour nourrir le podcast. Mais là, je sens l’envie de me rouvrir à des lectures plus récréatives. Je suis dans un cycle où j’ai besoin de me nourrir de choses différentes.
Est-ce qu’il y a un fun fact sur toi qu’on ne connaît pas ?
Ça fait quinze ans que je nage avec les dauphins libres dans les océans. Ça a participé au fait que je traverse mes deuils autrement et que je retrouve ma joie. Aussi fou que ça puisse paraître, ce sont des créatures qui éveillent à chaque fois mon enfant intérieur. Quand je rentre chez moi après les avoir rencontrés (dans une approche respectueuse et non intrusive je tiens à le préciser), je prends souvent des décisions fermes, des décisions qui me réalignent avec ce que je sais juste pour moi.
Dernière question, comment rassurer les personnes (sponsors, auditeurs) effrayées par le thème du deuil ?
Avoir peur de cet événement fait qu’on l’occulte. Et plus on l’occulte, plus il effraie. Mon approche consiste justement à remettre des mots, de la douceur et de l’humanité autour de ce sujet.Occulter contribue au silence pesant, aux maladresses, aux incompréhensions, à la solitude. Remettre du lien autour du deuil, c’est au contraire apaiser, éclairer, et accompagner avec délicatesse. La mort fait partie du cycle du vivant. Ignorer ce cycle inéluctable, c’est s’éloigner de ce qui rend la vie si précieuse. Accueillir ce sujet au contraire, c’est honorer nos liens, ce que l’on partage. C’est ça que je célèbre avec mon podcast. Le deuil, tel que je l’aborde, est un chemin de conscience, profondément humain. Il nous ramène au vivant, à la simplicité des choses. Se dire “il fait beau aujourd’hui, c’est le printemps, c’est magique”. Ça m’a appris ce mouvement-là : Que tout est éphémère et que c’est pour ça que tout compte
