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ANNE PONTY

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Créatrice du podcast Le Chantier

“La liberté a toujours été mon moteur."

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ANNe-Sophy
Delcour

"La liberté a toujours été mon moteur."

L'INTERVIEW

Ce mois-ci nous avons rencontré Anne-Sophie Delcour, comédienne, journaliste, autrice du roman graphique “NEUF” et créatrice de “Anne-Sophie et le loup”, un podcast documentaire de 2 épisodes sur la puissance de l’amnésie traumatique, produit par Louie Media. Une véritable artiste qui flirte avec les codes du documentaire et de la fiction. Elle nous a partagé son parcours, ses inspirations et ses convictions.


Bonjour Anne-Sophie, d'où viens-tu ?
Je suis originaire de Liège en Belgique. J’ai grandi dans un milieu bourgeois : mon père était médecin; ma mère, femme au foyer et nous étions une fratrie de trois enfants. Il n’y avait pas beaucoup d’artistes dans la famille, l’intellect était très valorisé.

Enfant, étais-tu déjà créative ?

J'étais sportive (le tennis notamment), pas super douée à l’école, je m’y ennuyais. Et comme j’avais appris à considérer mon côté créatif​ comme inutile ou pas très sérieuse, je ne m’autorisais pas à développer cela en moi. Pourtant, j’aimais beaucoup rêvasser, dessiner, faire des spectacles ou de fausses émissions de télé avec mon frère. Je passais mon temps à griffonner, à me construire des mondes imaginaires.

Qu’est-ce qui t’a poussé vers le journalisme ?
Après mon lycée, je pars à Bruxelles pour étudier le journalisme. J’étais attirée par le fait de raconter des histoires plus que l’information mais c’était un moyen détourné pour avancer dans cette voie et faire accepter ce choix de carrière plus littéraire que scientifique. Après mes 2 premières années en journalisme à l’IHECS à Bruxelles validées, je suis tombée amoureuse d’un psychiatre, et je me suis inscrite en médecine. J’étais fascinée par la psyché humaine mais je crois que la décennie d’études pour devenir psychiatre m’a découragé mais j’étais contente d’essayer mais je savais que l’aspect humain et psychologique des choses allaient devenir mon obsession même dans les histoires que j’allais raconter.​ 
J’ai fini mes 5 années d’études en journalisme et me suis tourné vers la télé comme réalisatrice de sujet et animatrice. J’ai démarré à la RTBF, au JT pour enfants. Le parfait endroit pour vulgariser des infos sérieuses mais de façon fun.  

Pourquoi ne choisis-tu pas à ce moment-là une voie artistique  ?

J’aurais aimé m’autoriser à développer mon côté “artiste​” mais dans ma famille, c’était des scientifiques, des ingénieurs. J’avais un seul oncle qui était peintre mais n’avait pas réussi à en vivre, il m’a donc fallu beaucoup de temps pour m’autoriser à raconter des histoires à ma façon, en dehors du cahier des charges imposé en journalisme télé.

Comment es-tu arrivée à Paris ?

Je pars à Paris pour suivre une formation de JRI (Journaliste Reporter d’Images) pour apprendre à tourner et monter mes images au CFJ en alternance pendant 2 ans. Ce que je souhaite, c’est partir réaliser mes reportages seule à l’étranger. Je travaille ensuite pour plusieurs chaînes, jusqu’à un contrat pour TF1 où je réalise des reportages Voyage au bout du monde et des enquêtes sur des destinées hors-normes pour l’émission “50 min INSIDE​. 
On me confie ensuite une chronique à l’antenne où j’interviewe beaucoup de comédiens autour de sorties de films et je me mets à pimenter mes entretiens d’impro et là, je me dis “Bon, il est peut-être temps d'arrêter de se mentir… C’est jouer et écrire autrement que tu souhaites faire et pas du journalisme pur et dur !” 
C’est donc là que je reprends des cours d’Arts Dramatiques au Studio Pygmalion et que je commence à écrire mon premier roman graphique “L’homme sous pilule” où je mêle fiction et documentaire. J’y raconte une histoire d’amour vécue dans laquelle je cache une enquête sur la contraception masculine. En parallèle, je me crée ma place à part avec des vidéos pour le média Welcome To The Jungle, avec interviews-sketchs de personnalités. J’y incarne un personnage de DRH insensible à la notoriété de ses candidats et fais passer de faux entretiens d’embauche à Artus, Tristan Lopin ou Aymeric Lompret. 
 

Comment naît ensuite le projet d’Anne-Sophie et le loup ?

Cela arrive, 2 ans après un choc post-traumatique, je ressens le besoin d’écrire sur cette peur qui me paralyse donc Je commence à écrire bien avant de connaître le dénouement de ce qui me traverse. À ce moment-là, je vis dans un état de stress chronique et d’hypervigilance avec un sentiment que mon “costume” professionnel me gratte, ne me convient plus. Mes cours d’arts dramatiques viennent aussi répondre à ce besoin de remettre de la joie, de retrouver un élan vital. Je suis terrorisée à l’idée de mourir alors je décide de m’attaquer à mes rêves.
Mon récit sur la peur est d’abord une tentative de film, je réalise une résidence avec le fond “Elles font Youtube” et le festival Frames puis j’entre à la Fémis. Pendant ces mois de formation, je piétine sur mon film mais réalise des repérages audio où je m’enregistre dans la vie en secret chez le psychiatre qui m’a soigné au moment du choc post-traumatique, au cours des rituels chamaniques ou avec mes proches. Ces enregistrements ne sont pas destinés à publics​. On ne m'y entend pas comme autrice ou réalisatrice mais authentique et vulnérable. Ce matériau brute va devenir le parti pris précieux de mon documentaire audio. 
En 2024, près de 7 ans après les débuts, mon projet devient réel. Et là, je découvre que l’intime est un labyrinthe sans fin. Plus je veux poser des mots sur l’intime  plus le cerveau installe des barrières de protection. C’est là où le contrat qui me lie à Louie Media est crucial car je suis engagée à y aller. Je vais raconter cette histoire quoi qu’il m’en coûte et je vais bénéficier d’un accompagnement précieux, celui d’Elsa Berthault qui m’accompagne en rebond à l’écriture. Elle tient les rails de mon train, c’est elle qui est ma première lectrice et qui challenge mon récit. Il y a aussi Solène Moulin, ma réalisatrice sonore qui est là, à distance pour soutenir mes choix artistiques avant son travail des sons.

 

Comment qualifierais-tu ton univers ?

Je navigue entre documentaire et fiction. J’ai beaucoup souffert de mon hyper sensibilité car ma façon de vivre les choses est souvent incompréhensible pour mes proches ou les gens que je côtoie au niveau professionnel mais dans mes histoires, je réconcilie tout ça en mettant en scène ou en mots ce décalage, cette sensibilité étrange que je continue d’apprivoiser. dans mes récits, je m’offre la liberté de jouer avec le réel en y ajoutant poésie, fantaisie et cela me procure beaucoup d’espoir. C’est ça que je veux transmettre.

Pourquoi le format audio t’as particulièrement attirée pour ce projet ?
Parce que la voix laisse entendre tous nos états d'âme​, ses variations échappe la plupart du temps à notre contrôle mais transmet tout. Dans mon podcast, je place l’auditeur dans des mondes intimes, souvent interdits au public et cela permet à chacun de s’identifier à l’expérience dans son propre imaginaire.
Le travail de la voix sur sa couleur, sa texture et les niveaux d’intimité qu’elle permet m’a fasciné. C’était très important pour moi de trouver une voix différente de celle de la journaliste télé.
M​a première inspiration pour écrire mon récit fut les podcasts de Claire Richard pour Arte radio “Cent façon de disparaître” et “Les chemins du désir” qui sont des bijoux d’écriture sonore. 

Quand on crée un contenu intime, quel sentiment a-t-on au moment de sa sortie, où il ne nous appartient plus ?

C’est terrifiant. J’ai eu très peur, peur de ne pas être comprise ou de blesser certaines personnes. C’est pour cela, que j’ai appelé chacune des personnes qui pouvaient se reconnaître dans le récit, pour leur parler de mon travail​. Ces moments sont très précieux, c’est la partie cachée mais magnifique de ce documentaire. Car je crois que mon objectif en me ré-appropriant mon vécu de cette façon, ce n’était pas d’avoir raison sur les faits mais de permettre à différents systèmes de pensée de coexister sans s’écraser.

Quels sont tes projets maintenant ?

À moyen terme : adapter Anne-Sophie et le loup en fiction et en seul-en-scène, écrire un roman sur le désir féminin, continuer de développer mon documentaire sur la mort, reprendre des interviews-sketchs de personnalités, obtenir des rôles de fiction.

 

Un “truc croustillant” sur toi ?

J’ai une passion gigantesque, kitch et sincère pour Matt Pokora. Je suis allée le voir en concert il y a un mois, j’étais comme une folle furieuse à huler les paroles et à danser pendant deux heures.

 

Pour finir, tu nous partages ta PLAYLIST d’inspiration ?

Avec plaisir.
Peinture : La Naissance de Vénus de Botticelli.
Je suis allée la voir à Florence juste avant une retraite de silence de dix jours (retraite qui est le climax du podcast “Anne-Sophie et le loup”) J’ai passée une heure assise à ses pieds au milieu du musée comme hypnotisée. Cette femme nue, exposée, scrutée, jugée… est encore tellement d’actualité. Ça parle de l’objectivation du corps féminin avec une puissance incroyable. Cette image m’a nourrie pendant l’écriture de Neuf, le roman graphique qui accompagne le podcast.
Musique : La bande-son du film Le Règne Animal d’Andrea Laszlo De Simone mais aussi les sons de Flavien Berger.
C’est la musique que j’ai écoutée en boucle pour écrire mon podcast. Cela me permettait de me préciser mon atmosphère sonore presque cinématographique, d’identifier les moments d’intensité ou de silence. Je cherchais à recréer des lieux comme la forêt où un arbre devient presque un personnage pour moi. 
Film : Sorry Baby d’Eva Victor.
C’est beau, drôle, d’une sensibilité incroyable. Le film suit une jeune femme confrontée aux conséquences invisibles d’un viol. Les dialogues sont ciselés, la mise en scène est au service des émotions de l’héroïne, tout en finesse. Le scénario est ingénieux et ultra efficace.

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